
Frantisek Drtikol est un photographe tchèque né à Pribram en 1883 et mort à Prague en 1961.
Début XX siècle, dans un Prague où l’Art nouveau et le cubisme parisien se font avant-gardistes (cf, Braque et Picasso), par rejet de l’influence viennoise ; c’est dans ce bouillonnement artistique que Drtikol s’affirme comme le premier photographe tchèque à immortaliser le nu féminin, non pas en héritier de l’Art nouveau, mais en croisant le cubisme à sa pratique. Au départ, le corps féminin est central, sans trop d’atypie.
En incorporant le cubisme à la photographie, sa production artistique dialogue avec le mouvement futuriste, rejetant la tradition esthétique au profit de la forme et du mouvement. En effet, il n’est pas moins question de formes géométriques que de mise en scène du corps nu dans l’espace. Le mouvement de ce dernier est étudié, testé : son volume et sa forme sont valorisés ou écrasés par les sphères et les lignes onduleuses. La position du corps dans l’espace se voit exploité par un jeu d’ombre et de lumière, modifiant la perception de celui qui regarde. Le corps n’est plus seul, la lumière s’impose, exposée par l’ombre ; cela illustre cette dualité en perpétuel mouvement en chacun de nous.

Ce féminin est toujours mesuré, immortalisé tel quel, sans excès, sans sexualisation ; par le biais du cubisme, il s’emploie à apporter une dimension nouvelle au corps nu. Il devient symbole, et non plus modèle. Traversé alors par une quête spirituelle, son approche de la photographie jusqu’alors cartésienne, se transforme progressivement. Les proportions du corps féminin ne trouvent plus satisfaction chez Drtikol, peut-être semble-t-il à la recherche d’un volume plus proche de l’âme que de l’enveloppe physique réelle. Débute ainsi une nouvelle façon de produire, il commence à dessiner sur des petits morceaux de bois, qu’il dispose par des compositions élaborée, d’ombre et de lumière, captant son idéal du corps féminin, sa photographie s’approche alors de l’abstrait. Durant cette période, percutée par l’éveil spirituel, sera élaborée « Le monde des âmes » (Svet Duse) au sein duquel l’imaginaire saura s’épanouir. Sa production photographique s’achèvera par la photographie imaginative.
C’est ainsi qu’en 1935, il tourne le dos à la photographie pour se consacrer à la peinture et au bouddhisme, aboutissement logique d’une trajectoire qui n’aura cessé de s’éloigner du corps pour rejoindre l’âme. Son oeuvre singulière à la croisée de l’art et du spirituel, lui vaut une place durable dans l’histoire de la photographie moderne.