
Troy Brooks est un peintre canadien né en 1972 en Ontario.
Peintre canadien, autodidacte, féministe, ayant exploré et absorbé les styles afin de trouver le sien. Style, qui demeure si distinguable. Pencher notre regard sur son art, revient à saisir les influences et caractéristiques façonnant ses toiles.
Celles-ci sont peuplées de femmes, toujours, au visage allongé, à l’allure androgyne. Ses femmes aiment le monochrome, et une couleur domine souvent chaque toile, les teintes sont froides et les carnations pâles. Les allégories sont les maîtresses, traductrices d’un état interne et externe qui mouvementent vaillamment l’existence humaine, mais surtout emblématiques du pop surréalisme. Le surréalisme de Brooks se veut être un clin d’oeil à la mode d’antan, et à l’âge d’or Hollywoodien. En effet, son style s’est formé par l’ombre et la lumière propres au film noir, et qui apporte une ambiance cinématique certaine à ses oeuvres.
– The Women of Troy Brooks – fument, semblent sortir des années 30, 40, 50 et nous rappellent entre autres : femmes au foyer, veuves noires, femmes fatales, lugubres et sans hommes. Leurs postures sont multiples ; statiques, avachies, provocatrices, déterminées. Elles ne sont pas fantasmées, elles se réinventent, à l’instar des multiples facettes venant humaniser les femmes. Elles ne sont point enfermées gentiment dans un rôle, ni sages, ni séduisantes, mais franchement androgynes, et ce flou du genre semble délibérément être une provocation aux diktats et une liberté affirmée.

« What Dreams May Come » (huile sur toile) - série Shinigami, 2017
Cette place centrale des femmes comme sujet soumis à sa liberté propre, naviguant entre tous les états, me rappelle le réalisateur Pedro Almodóvar, dont les femmes sont étranges, en colère, vindicatives, amoureuses, indépendantes. Et s’il existe un point de contact avec le cinéaste phare de la Movida, cette liberté féminine trouve aussi un écho dans le cinéma lynchien. De ce fait, David Lynch a pour langage le film noir ; l’esthétique du glamour, les ombres et la femme fatale. Les femmes sont aussi centrales, ambiguës, leur beauté semble inquiétante, abritant l’obscurité et l’instabilité.
Chez Lynch, comme chez Brooks, nous sommes épris d’un malaise à peine dissimulé sous la surface. Les femmes sont belles et dérangées, disloquées par l’angoisse ; lorsque Lynch la met en danger, Brooks lui rend son pouvoir. Les toiles de Brooks sont un arrêt sur image, un film ne débutant jamais, figées dans leur propre décadence. Il choisit les femmes pour y transposer les évènements qui le tourmentent, tels que la mort et la rupture. Et ainsi, se conjoint merveilleusement le pop surréalisme, à un féminisme digne aux influences variées.