LE CUBISME KALÉIDOSCOPIQUE DE GEORGY KURASOV


Judgement of Paris

Georgy Kurasov est un peintre russe né en 1958 en URSS.


Georgy Kurasov évolue dans un contexte social et politique hostile, où le réalisme socialiste s’impose encore comme le courant artistique de bon goût en URSS. D’abord, destiné à la sculpture car estimé dépourvu de la compréhension des couleurs, son désir pour la peinture prospèrera pour autant grâce aux cercles intellectuels qu’il côtoiera, entrainant nos yeux dans un tourbillon d’aventures sensorielles. Couleurs chaudes, chair ou fusion de couleurs vives, cônes, triangles, cercles ; autant d’éléments interpellant l’oeil, arraché au repos de la Nuit Étoilée de Van Gogh.

Après avoir été libéré de ses fonctions militaires en 1984, il se dédie pleinement à la peinture, dont l’exposition et la vente se heurtèrent à l’ère de Gorbachev. Et l’Amérique lui permettra l’abondance courant des années 90, jusqu’à ce jour, il n’a cessé de donner vie à son style reconnaissable au premier coup d’oeil. Ses toiles se vouent au mouvement cubiste, des années 20 et au constructivisme, lesquels se chevauchent subtilement avec un ton contemporain et des accents historiques. Le rejet de la symétrie et de l’esthétique plutôt bourgeoise, au profit de la géométrie et de l’asymétrie façonnent le mouvement et le dynamisme omniprésents dans son art.


Toccata and fugue

Les formes et couleurs passées sous kaléidoscope, forment un désordre homogène et harmonieux ; on se figure la réalité poussée dans ses retranchements par un patchwork de couleurs souvent vives. Néanmoins, le cubisme s’éloignant volontiers de l’expressionisme, chez Kurasov, le réel est bousculant, audacieux, et si le mouvement est extérieur et visuel, son réel est dénué d’émotions. Ses sujets sont dans un même temps déformés et figés dans les lignes, les courbes, et les couleurs imbriquées élégamment les unes dans les autres suggérant une sensualité statique et malléable. Leurs traits sont fixes, sans affres, enroulés sur leurs corps ou les décors ; loin des auto-portraits tortueux et du rapport au corps déstructuré de l’expressioniste marquant Egon Schiele. 

S’éloigner de l’ordre autoritaire d’une politique restrictive pour y sublimer le désordre en appelant à l’exacerbation des sens, c’est peut-être son leitmotiv. Autant de couleurs dans une Russie rigide où le libre arbitre est conditionné, un Saint-Petersbourg gris et sinistre. Simultanément, les affects sont maintenus hors de ses visages, comme des existences encore hantées par les régimes totalitaires, mais les couleurs et les formes, elles, se veulent d’un autre temps et d’un autre espace. 


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